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Isolation thermique par l’intérieur (ITI) : avantages, limites et mise en œuvre
L’isolation thermique par l’intérieur (ITI) est la méthode d’isolation des murs la plus repandue en rénovation. Plus accessible financièrement et plus simple à mettre en œuvre que l’isolation par l’extérieur (ITE), elle présenté cependant des contraintes techniques spécifiques que l’on ne peut pas ignorer. Mal conçue, une ITI peut provoquer de la condensation dans les murs et accelerer leur dégradation. Bien conçue, elle divise par deux ou trois les déperditions par les parois verticales.
ITI ou ITE : comment choisir
Les deux approches n’ont pas les mêmes conditions d’application. L’ITI est préférée dans les situations suivantes :
- bâtiment protégé ou en zone ABF (Architecte des bâtiments de France) : l’ITE modifié l’aspect extérieur de la façade et est souvent impossible dans ces contextes
- Copropriete horizontale : l’ITE nécessite un accord collectif. L’ITI peut être réalisée par chaque propriétaire independamment
- Budget limité : l’ITE revient généralement entre 100 et 200 euros/m2, contre 40 à 90 euros/m2 pour l’ITI
- Impossibilite technique extérieure : debords de toiture insuffisants, mitoyennetes importantes, réseaux en façade
L’ITE reste supérieure techniquement sur un point fondamental : elle enveloppe la structure porteuse dans l’isolant et elimine la quasi-totalite des ponts thermiques. L’article sur l’isolation thermique par l’extérieur détaillé ce principe et ses conditions de mise en œuvre.
L’ITI, au contraire, laisse la structure porteuse (planchers, refends, poteaux) du côté froid. Ces éléments creent des ponts thermiques lineaires qui ne peuvent pas être supprimes, seulement réduits.
Les matériaux d’isolation pour l’ITI
Le choix du matériau depend du contexte : type de mur support, contraintes d’espace, besoin de perméabilité à la vapeur d’eau (crucial pour les murs en matériaux anciens).
| Matériau | Lambda (W/m.K) | épaisseur pour R=3,7 | Vapeur d’eau | Points forts |
|---|---|---|---|---|
| Laine de verre | 0,032-0,040 | 12-15 cm | Perméable | Prix, facilité de posé |
| Laine de roche | 0,034-0,042 | 13-16 cm | Perméable | Incombustible, acoustique |
| Ouate de cellulose | 0,038-0,045 | 14-17 cm | Très perméable | Regulation hygrique, biosourcé |
| Fibre de bois | 0,038-0,050 | 14-19 cm | Très perméable | Inertie, biosourcé |
| Polystyrene expansé (PSE) | 0,030-0,038 | 11-14 cm | Peu perméable | Prix, rigidité |
| Polyurethane (PUR) | 0,022-0,028 | 8-10 cm | étanche | épaisseur minimale |
| Laine de chanvre | 0,040-0,048 | 15-18 cm | Très perméable | Biosourcé, regulation hygrique |
Pour les murs anciens en pierre, brique ancienne ou pisé, les matériaux perméables à la vapeur d’eau (ouate, fibre de bois, laine de chanvre, chaux) sont vivement recommandes. Ces murs stockent et restituent naturellement l’humidité. Les bloquer avec un isolant vapeur-étanche provoque des accumulations d’eau dans la maçonnerie qui peuvent fissurer les murs et provoquer des sels en surface.
Le risque de condensation : comprendre le point de rosee
La question technique centrale de l’ITI est celle du point de rosee. Quand on ajouté de l’isolant côté intérieur, on deplace le gradient de température dans le mur : la partie structurelle (beton, brique, pierre) se retrouve dans une zone plus froide qu’avant. Si la vapeur d’eau produite à l’intérieur (cuisine, salle de bain, respiration) migre au travers de l’isolant et atteint cette zone froide, elle peut condenser.
Pour limiter ce risque :
- Poser un frein-vapeur ou un pare-vapeur côté chaud (entre l’isolant et le placo) quand on utilisé des matériaux non regulateurs (laine minérale, PSE, PUR). Le frein-vapeur ralentit la migration sans la bloquer complètement
- Utiliser des matériaux hygroscopiques (ouate, fibre de bois) qui absorbent et relachent la vapeur sans se laisser traverser par des flux importants
- Assurer une ventilation suffisante pour maintenir une hygroscopie moderee à l’intérieur
L’article sur le point de rosee en isolation explique en détail comment calculer ce risque et dimensionner correctement la barriere vapeur.
Deux méthodes de posé : ossature métallique ou collé-visse
En ITI, on distingue deux grandes méthodes de mise en œuvre :
La méthode par ossature métallique : on fixé une ossature de rails et de montants métalliques sur le mur, on intercale l’isolant entre les montants, puis on visse le placo sur l’ossature. Cette méthode laisse un vide d’air entre le mur et l’isolant, ce qui est utile pour les murs très humides (il permet à l’humidité de s’evaporer). L’ossature métallique créé cependant des ponts thermiques ponctuels qu’il faut traiter avec des fixations à rupture thermique.
La méthode collé-visse (doublage direct) : on collé et visse directement un panneau composite (isolant + placo) sur le mur support. C’est plus rapide et moins coûteux, mais elle ne convient pas aux murs très humides et elle exige un support propre et plan. Elle est très adaptée aux constructions récentes en beton ou en brique.
Gestion des ponts thermiques lineaires
Le principal inconvenient de l’ITI est qu’elle laisse les planchers intermediatires, les refends et les poteaux en contact avec le mur non isole. Ces jonctions constituent des ponts thermiques lineaires qui representent jusqu’à 20 % des déperditions totales d’un logement bien isole.
Les solutions pour les limiter :
- Prolonger l’isolant horizontal sous les dalles de plancher sur 50 à 80 cm
- Isoler les tableaux de fenêtre et les ebrasements
- Traiter les angles rentrants avec un isolant en biseau
Ces détails sont souvent negliges par les artisans peu formes en rénovation énergétique. Les problèmes de condensation qui se manifestent dans les angles des pieces (les zones les plus froides) sont souvent la conséquence directe de ponts thermiques non traités apres une ITI.
Perte de surface habitable : comment la minimiser
L’ITI réduit la surface habitable. Un doublage de 120 mm de chaque côté d’une piece de 3,5 x 4 m fait perdre environ 1,5 m2 de surface au sol, soit une réduction de 10 %. Ce critère est particulièrement important dans les petits logements.
Pour limiter cette perte :
- Privilégier les isolants à fort pouvoir isolant (polyurethane, aérogel) dont l’épaisseur est moindre pour une même résistance thermique. 80 mm de PUR atteint R = 3,0 contre 120 mm de laine de verre pour le même resultat
- N’isoler que les murs les plus penalisants : les murs exposes au nord et les murs donnant sur des espaces non chauffes (garage, cave) ont priorité sur les murs mitoyen ou sud
- Opter pour la méthode collé-visse sur support plan : elle economise 3 à 5 cm par rapport à l’ossature métallique qui nécessite un rail de sol et de plafond
Coût et rendement
Une ITI sur murs extérieurs en laine de verre 120 mm sur ossature métallique, avec placo BA13 et frein-vapeur, revient en moyenne à 50-70 euros/m2 posé par un professionnel. Le surprefix pour les matériaux biosourcés (fibre de bois, ouate) est de 20 à 40 %.
Le gain thermique depend fortement de la performance initiale du mur. Un mur en brique creuse de 20 cm (R = 0,50 m2.K/W) qui passe à R = 4,0 apres ITI divise par 6 les déperditions par ce mur. Un mur en beton de 20 cm (R = 0,13) voit son coefficient de déperdition passe de 4,6 à 0,24 W/m2.K : une réduction de 95 %.
L’ITI est éligible aux aides de l’état : MaPrimeRenov’ (pour les menages modestes et très modestes en parcours par geste), CEE (Certificats d’économies d’énergie) et TVA à 5,5 %. Pour les projets de rénovation globale incluant une ITI, le parcours accompagne de MaPrimeRenov’ est plus avantageux et ouvert à tous les profils de revenus. Ces dispositifs sont detailles dans les guides de rénovation du site.