Aller au contenu
MAISONBIONAT

// Guide

Ponts thermiques : identifier les points faibles et les traiter efficacement

Ponts thermiques : identifier les points faibles et les traiter efficacement

Mis à jour le

Un pont thermique est une zone de la paroi ou le flux de chaleur est nettement plus important qu’à travers la paroi courante bien isolee. Ces zones localisees peuvent concentrer 10 à 30 fois plus de déperditions par unite de surface que les zones correctement isolees, et générer de la condensation sur les surfaces froides, favorisant les moisissures. Même dans les maisons neuves aux normes actuelles, les ponts thermiques representent 20 à 30 % des déperditions totales.

Types de ponts thermiques

On distingue trois catégories :

Les ponts thermiques lineaires sont les plus courants. Ils se produisent aux jonctions entre deux parois ou deux matériaux de conductivité différente :

  • Jonctions mur/plancher (refends, dalles intermediaires)
  • Jonctions mur/refend (cloisons porteuses)
  • Jonctions mur/toiture (pied de rampant, sabliere)
  • Tableaux et ebrasements de fenêtres et portes

Les ponts thermiques ponctuels sont créés par des fixations ou éléments métalliques traversant l’isolant : vis, crampons d’ancrage, attaches de bardage. Une attache métallique de 50 mm de diametre traversant 100 mm d’isolant créé un pont thermique équivalent à plusieurs dm2 de paroi non isolee.

Les ponts geometriques se produisent aux angles sortants des bâtiments : la surface extérieure (qui perd de la chaleur) est plus grande que la surface intérieure (qui en recoit), ce qui créé structurellement une perte supplémentaire aux angles.

Diagnostic par thermographie infrarouge

La thermographie infrarouge est la méthode de référence pour localiser et qualifier les ponts thermiques. Une camera thermique detecte les différences de température de surface : les zones froides apparaissent en bleu/violet, les zones chaudes en jaune/rouge.

Pour être exploitable, la thermographie doit être réalisée :

  • Quand l’écart de température entre intérieur et extérieur dépassé 10 degrés
  • La nuit ou par ciel couvert (les rayonnements solaires faussent les mesures)
  • Apres plusieurs heures de chauffage stable

Une thermographie professionnelle complète coute 300 à 800 euros selon la surface du logement. Elle est très souvent incluse dans un audit énergétique complet. Elle permet aussi de detecter les défauts d’étanchéité à l’air (infiltrations d’air froid visibles comme des trainées bleues).

Quantification : les coefficients Psi et Chi

Les ponts thermiques sont quantifies par :

  • Psi (symbole grec ψ) en W/(m.K) pour les ponts lineaires : pertes supplémentaires par metre lineaire de jonction et par degré d’écart de température. Une jonction mur/dalle non traitée à ψ = 0,5 à 1,0 W/(m.K). Une jonction traitée avec isolation continue peut descendre à ψ = 0,05-0,10
  • Chi (χ) en W/K pour les ponts ponctuels : pertes supplémentaires par fixation

Ces valeurs sont utilisées dans le calcul du DPE et de la RE2020 pour estimer le bilan thermique complet de l’enveloppe.

Solutions de traitement sans demolition

Traiter les ponts thermiques sans demonter l’isolation existante est possible dans plusieurs cas :

Angles et jonctions accessibles : appliquer une couche d’isolant supplémentaire (panneau rigide de polyurethane ou de liege) sur la zone froide, fixée mécaniquement et recouverte d’un enduit. Un panneau de 30 mm de polyurethane réduit de 50 à 70 % les pertes par le pont thermique.

Tableaux de fenêtres : coller un panneau d’isolant mince (aérogel ou polyurethane de 10-15 mm) dans l’ebrasement, raccorde à l’isolation des murs. C’est l’un des traitements les plus rentables car les tableaux sont souvent totalement non isoles.

Fixations traversantes : lors d’une réfection de bardage, remplacer les fixations métalliques classiques par des fixations à rupture thermique (queues-de-renard plastique ou compositite) qui divisent par 10 à 20 le pont thermique ponctuel.

Les ponts thermiques aux jonctions mur/dalle créés par une ITI ont ete decrits dans l’article sur l’isolation thermique par l’intérieur. Les solutions de prolongement de l’isolant sous les dalles y sont detaillees. L’article sur le point de rosee en isolation explique pourquoi les ponts thermiques sont aussi des zones à risque de condensation.

Impact sur le DPE et les aides

Le traitement des ponts thermiques n’est pas directement prime par MaPrimeRenov’ en tant que geste individuel. Mais il est pris en compte dans le calcul du DPE : une maison avec des ponts thermiques importants peut voir son DPE amélioré de une demi-classé en les traitant, sans toucher à l’épaisseur d’isolation. Dans le cadre d’un parcours accompagne visant plusieurs sauts de classé, le traitement des ponts est souvent une des mesures à inclure pour atteindre l’objectif énergétique.

prévention des ponts thermiques en construction neuve

En construction neuve, les ponts thermiques sont bien plus faciles à eliminer qu’en rénovation : il suffit de les anticiper des la conception. La RE 2020 imposé une valeur maximale de Bbio (besoin bioclimatique) qui incite les constructeurs à traiter les ponts thermiques de la conception.

Les solutions constructives prevalentes pour eviter les ponts thermiques en neuf :

  • L’ITE (isolation thermique par l’extérieur) : enveloppe l’ensemble de la structure d’une couche isolante continue qui supprimé les ponts lineaires aux jonctions murs/dalles et murs/refends. C’est la solution la plus efficace
  • Les rupteurs de ponts thermiques : éléments de structure en matière à faible conductivité (plastique technique, beton léger) interrompant le pont métallique ou beton entre intérieur et extérieur. Standard sur les dalles de balcon et les loggias
  • Les ossatures bois avec montants en bois (lambda 0,12 W/m.K) plutôt qu’en métal (lambda 50 W/m.K) reduisent fortement les ponts thermiques par les montants verticaux

Dans les maisons à ossature bois, les ponts thermiques par les montants (qui representent 10 à 15 % de la surface du mur) sont significatifs et sont compenses par l’ajout d’un isolant continu en façade, au-dela des panneaux entre montants.

En conclusion, les ponts thermiques sont le maillon souvent oublie de la performance énergétique d’un bâtiment. Une maison bien isolee en paroi courante mais avec des jonctions non traitées peut perdre 25 à 35 % de ses bénéfices d’isolation par ces seules zones defaillantes. L’audit thermique, et notamment la thermographie infrarouge réalisée en hiver, est l’outil le plus efficace pour les localiser et les quantifier avant de planifier les travaux.

En pratique, la detection des ponts thermiques ne nécessite pas toujours une thermographie professionnelle. En hiver, passer la main le long des angles intérieurs, des tableaux de fenêtres et des jonctions plancher-mur permet de sentir les zones froides et les courants d’air. Ces zones froides sont exactement les ponts thermiques : une température de surface significativement plus basse que la surface courante suffit pour les identifier et planifier leur traitement.